La semaine dernière, j’ai vendu mon âme au Diable.
Il s’est incarné sous la forme de Priscilla Volpe, danseuse au Paris Ballet Theater, dans le ballet-opéra “Carmina Burana”.
Par sa grâce machiavélique, cette danseuse s’est imposée dès le premier tableau, où elle règne en maîtresse sur les Enfers. Entourée de sbires qui l’encerclent à coup de grands jetés frénétiques, elle grimpe à une grille hérissée de pics telle une gargouille agile et malfaisante pour s’élever au-dessus de la foule. Dans un moment à couper le souffle, elle se jette parmi les démons, qui la réceptionnent avec déférence sous les yeux ébahis du héros. Avec ses jeux de jambe sensuels, où la pointe du chausson devient une flèche tirée droit dans le cœur du protagoniste, elle a des airs de “Carmen”. Mais contrairement à l’héroïne tragique, elle a le sang froid; c’est une déesse et non une mortelle.
Le Paradis, lui, est plus ennuyeux. Pas étonnant que notre héros se laisse aller à la tentation ! On y retrouve les conventions du ballet classique : des pas de deux qui ponctuent la progression de la relation amoureuse du jeu badin à la supplique tragique, des scènes de liesse paysanne virtuoses. Ce qui est plus intéressant, c’est la relation étroite instaurée entre le chant et la danse, qui rappelle les ballets abstraits de George Balanchine. Les danseurs semblent mus par les voix des chanteurs lyriques postés d’un côté et de l’autre de la scène. Chaque inflexion de voix est traduite en mouvement jusqu’à offrir un spectacle d’art total (Gesamtkuntswerk), qui aurait plu à Wagner.
On n’en voudrait donc pas au héros de se détourner de sa mièvre bien-aimée pour se laisser hypnotiser par la créature aux longues jambes et à la jupe de feu. Mais c’est là que “Carmina Burana” surprend. Le ballet délaisse les dichotomies moralisatrices et les fins tragiques typiques du 19ème siècle (parfaitement illustrées par “Le lac des cygnes”) au profit d’une ambiguïté et d’une angoisse métaphysiques plus contemporaines. Le héros a beau avoir cédé aux charmes dionysiaques du démon, il se bat pour récupérer celle qu’il aime et regagner l’accès au Paradis, tel un Orphée pécheur. Le dernier tableau est une réplique exacte du premier, marque du cycle infernal entre tentation et regret. Le rideau tombe sur le combat entre l’ange et de la reine des démons… sans en annoncer la résolution.
“Carmina Burana” nous enseigne une chose : le Bien est un choix de chaque instant.
“Carmina Burana” est en tournée jusqu'au 15/02/2026 en France et en Europe. Vous pouvez acheter des places en cliquant ici.
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