”Partitions des chants des pierres de Central Park”, une œuvre réalisée par Manuela Paul-Cavallier lors de sa résidence Villa Albertine. Encre et or.
Manuela Paul-Cavallier a de l’or entre les doigts. Plasticienne et artisane d’art habilitée à la restauration par les Musées Nationaux, elle se consacre aujourd’hui à la création de tableaux abstraits et à la décoration d’intérieur à la feuille d’or. Vous pouvez retrouver son travail sur son site.
Manuela manie avec la même délicatesse les feuilles d’or et les mots pour les désigner. L’artisane qualifie le travail de l’or de “peinture du silence” :
Travailler l’or, c’est capter la vibration unique de cette matière qui nous vient des étoiles, à la manière d’un alchimiste. L’or est la matière de la poésie, du raffinement, de la délicatesse.
Le travail de Manuela se nourrit de ses expériences à l’étranger. Formée pendant 10 ans en Italie, elle maîtrise des techniques ancestrales et illustre la dimension spirituelle de l’or par la fresque de la Chapelle Sixtine :
L’or, c’est la distance entre le doigt de Dieu et le doigt d’Adam. Ce qui rend Adam libre, c’est l’existence de cette distance.
Toute première résidente en artisanat de la résidence française Villa Kuyojama, à Kyoto, elle y a étudié en 2014 ce qu’elle a baptisé “l’esthétisme de la soustraction”. Sa participation à un symposium pour les 400 ans de la célèbre école d’arts décoratifs Rinpa lui a même valu d’être labellisée Rinpa.
Dix ans plus tard, la même année qu’Elise Mercier (voir mon article précédent), Manuela s’est envolée vers les Etats-Unis pour une résidence Villa Albertine. Avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller et de son partenaire de résidence, la galeriste Carole Decombe (implantée à Los Angeles et Paris), Manuela a divisé son temps de résidence entre New York, Los Angeles et le Dakota du Sud.
Partie avec le projet de découvrir l’héritage des doreurs de la Renaissance sur le territoire américain, Manuela a fait la rencontre d’un agent, d’artisans doreurs, de conservateurs, d’artistes et de galeristes. Traversée par l’énergie des villes et des rencontres, elle a produit pas moins de 100 dessins en 2 mois : “Cette résidence était riche en émotions et en sensations très fortes. J’ai mis du temps à m’en remettre. Aujourd’hui encore, je suis en ébullition.”
Manuela s’est imprégnée de la cacophonie de la ville qui ne dort jamais et des rythmes du rock, du jazz et du blues pour produire des tableaux synesthétiques mêlant encre et ornementation à l’or. Frappée par la cohabitation de l’ultra-modernité de New York et du silence d’or de Central Park, elle s’est attelée à prendre l’empreinte des pierres paléolithiques du parc sur du papier et à les rehausser d’or (“Partitions des chants des pierres de Central Park”). Le fruit de ce travail est visible ici.
A Los Angeles, elle a visité la collection d’un riche Américain fasciné par la vieille Europe, et assisté à la restauration de tableaux à l’aide de technologies ultra-modernes au musée Getty. Grâce au cocktail organisé par sa galeriste Carole Decombe en son honneur, elle a également fait connaissance avec des artistes et des personnalités de Los Angeles.
A Lead, petite ville minière du Dakota du Sud, elle a marché sur les traces des chercheurs d’or du 19ème siècle pendant 1 semaine.
Aux Etats-Unis, Manuela s’est comportée comme une ambassadrice du savoir-vivre à la française. Il lui semblait essentiel de “donner, et pas seulement de prendre”. Dans chaque ville où elle s’est rendue, elle a organisé des workshops afin de partager ses connaissances et son expérience. Elle explique :
Dans une société individualiste, l’artiste se propose de créer des ponts, et de construire la mondialisation comme un espace possible d’enseignement et de rencontres.
Son seul regret est de ne pas avoir eu l’occasion de travailler avec des artistes américains. Contrairement à Elise Mercier, qui a vu dans l’absence de lieu de résidence un terrain de liberté, Manuela Paul-Cavallier aurait préféré bénéficier d’un lieu désigné à New York pour organiser des rencontres et initier des collaborations artistiques interculturelles.
Aujourd’hui, l’artisane d’art se consacre à un nouveau projet inspiré de son séjour américain. “Ionesco Caniculaire” interroge la signification du grotesque dans le monde contemporain. Cette œuvre s’exprime sous forme de dessins de recherche qui explorent l’ornementation grotesque par le biais de figures humaines et animales déformées.
En parallèle, Manuela appelle de ses voeux une nouvelle opportunité d’approfondir les échanges initiés lors de sa résidence Villa Albertine. Elle souhaite continuer de partager avec ses collègues américains les techniques françaises et italiennes de dorure, d’ornementation et de restauration.
Vous pouvez contacter Manuela Paul-Cavallier à l’adresse mpc@manuelapaulcavallier.fr
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