« Il y a vraiment trop d’expos à voir à Paris en ce moment ! »

Les Parisiens et leur addiction aux sorties culturelles

The Serial Overthinker
2 min ⋅ 07/09/2026

Ces derniers temps, une étrange addiction se répand chez les jeunes Parisiens. Les yeux cernés et les traits tirés, les victimes soupirent : « Y a vraiment trop d’expos et de films à voir en ce moment ! J’arrive pas à suivre ! »

Cette exclamation fera sourire les non-Parisiens. Mais pour nous, Parisiens, c’est parfaitement sérieux. La tentation est constante et l’offre est changeante.

Les affiches de spectacles dans le métro. Source : Istock.

Tous les matins, sur le chemin du travail, les affiches du Métro nous hurlent : « VA VOIR CE FILM ! VA VOIR CETTE PIÈCE ! VA VOIR CE CONCERT ! »

Si nous avons le malheur d’attraper un rhume ou de nous arrêter dans la rue pour regarder le coucher du soleil, il est déjà trop tard.

Les places du concert de Lady Gaga qui rend nos collègues hystériques sont parties en cinq minutes.

La pièce de théâtre expérimentale qui séduit nos amis intellos ne se jouait que pendant trois jours.

Le film d’auteur roumain primé à Cannes ne passe plus qu’à l’UGC de Châtelet-les Halles, paradis des rats et enfer des claustrophobes.

Envolée, la chance de dire : « Évidemment que j’ai vu cette pièce ! » Ou, comble du bonheur, de proclamer : « J’aimais ce film avant que tout le monde en parle ! »

Je dois bien dire que je fais partie des toxicos les plus ridicules.

Mes week-ends se transforment en sandwichs culturels : brunch (trop cher) et expo avec Pierre le matin. Cinéma et débat enflammé avec Paul l’après-midi. Concert dans un sous-sol crasseux avec Jacques le soir.

J’achète des livres que je n’ai pas le temps de lire et je tombe de sommeil au théâtre.

Et pourtant, j’ai toujours la sensation frustrante de rater le film du moment.

L’offre culturelle parisienne m’apparaît comme un hypermarché : les possibilités sont infinies et on finit par passer plus de temps à choisir qu’à profiter. Comme l’explique le président d’Arte au sujet des plateformes de streaming, le choix pléthorique de produits culturels génère un sentiment d’angoisse plutôt qu’une sensation de liberté. Trop de choix tue le choix.

Aldi a bien compris ce paradoxe. Leur dernière campagne de pub compare l'expérience frustrante de la recherche d'un film à regarder à la simplicité d'aller chez Aldi, où la sélection est limitée.

Si c’est angoissant, pourquoi s’inflige-t-on cela ?

  • Parce que les sociétés capitalistes nous encouragent à valoriser la productivité, non seulement dans le travail mais aussi dans les domaines sportifs et culturels. Courir sur Strava, dépasser ses objectifs professionnels ou s’obliger à lire 20 pages par jour, c’est une seule et même performativité, vis-à-vis des autres mais aussi de soi-même.

  • Parce qu’en tant qu’êtres individualistes, on fonde notre identité sur le fait d’avoir des opinions uniques et tranchées. On veut avoir un avis sur tout, et de préférence un avis différent du voisin.

  • Parce qu’en recouvrant notre minuscule chambre de bonne de posters de la Nouvelle Vague, on rend nos conditions de vie urbaine à peu près tolérables.

  • Parce que certains néo-Parisiens sont complexés depuis qu’ils ont surpris une conversation savante devant un cinéma du Quartier Latin.

  • Parce qu’on a tellement l’habitude de courir après le métro qu’on finit par courir partout, tout le temps, comme des poulets sans tête.

Mais que retient-on vraiment de nos sorties culturelles ?

Serait-on capables de faire une liste exhaustive des expositions et films vus l’année dernière… SANS ouvrir Instagram ou Letterboxd ?

Pour moi, la réponse était non.

C’est pour ça que j’ai décidé de réduire la dose.

Moi quand je résiste à la tentation de sortir pour la cinquième fois du week-end et que je trouve la motivation de lire un livre au calme ! "La Liseuse", Henri Matisse, 1895, Musée Matisse.

Plutôt que d’accumuler les nouvelles expériences culturelles jusqu’à l’indigestion, j’essaie tant bien que mal de cultiver la concentration, la contemplation et la répétition.

Dans un grand musée, je m’autorise à me concentrer sur une poignée d’œuvres qui m’attirent plus que les autres.

Une fois un livre terminé, je prends le temps de relire mes passages préférés et de continuer à faire vivre les personnages dans ma tête pendant quelques jours avant d’en commencer un autre.

Le sevrage n’est pas facile. La rechute me guette et je fais parfois des écarts. J’ai encore du mal à me défaire de ma FOMO culturelle (fear of missing out, la peur de rater un événement), sans cesse réactivée par les réseaux sociaux et par mon entourage.

Mais depuis que j’ai ralenti, les souvenirs qui restent de mes sorties sont plus précis et plus émouvants.



Et vous, êtes-vous accro à la scène culturelle parisienne ?

The Serial Overthinker

Par Madeleine de Chaisemartin

A l’heure où nos capacités à nous concentrer et à analyser sont chaque jour grignotées par les réseaux sociaux, je fais de la résistance.

A l’aide d’un bon vieux carnet et d’un stylo plume d’écolière, je pars à la rencontre d’acteurs du secteur culturel, j’analyse des tendances qui m’étonnent et je décortique les livres qui me plaisent.

Si vous aussi, vous croyez au temps long de la réflexion, rejoignez-moi !