Elise Morin, résidente Villa Albertine 2023

Entretien avec l'artiste plasticienne Elise Morin

The Serial Overthinker
2 min ⋅ 19/12/2025

Elise Morin est une habituée des résidences artistiques. Pourtant, la Villa Albertine l’a particulièrement marquée.

Dans ses oeuvres, Elise explore les rapports entre humain et non-humain par le biais de nombreux médias, notamment la réalité virtuelle et la sculpture. Vous pouvez retrouver son travail sur son site internet.

Elise a fait partie des 60 résidents sélectionnés par la Villa Albertine en 2023. Grâce au soutien financier et matériel de la Villa, elle s’est lancée dans un road trip de Houston, au Texas, jusqu’à Trinity, au Nouveau-Mexique. Telle une héroïne de road movie, elle a parcouru 1361 kilomètres avec un unique objectif : arriver le 16 juillet.

C’est à cette date et sur ce lieu que s’est déroulé le premier essai atomique du projet Manhattan en 1945, qui a débouché un mois plus tard sur les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki. Appareil photo argentique autour du cou, Elise a choisi d’aller à la rencontre de ceux qui avaient fait le déplacement pour se réunir autour d’une minuscule plaque commémorative perdue au milieu du désert.

Au coucher du soleil, elle s’est hissée sur une dune et a vu les rayons de l’astre illuminer l’endroit exact où la bombe est tombée. C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à voir la bombe atomique comme “un deuxième soleil’, une image qui s’est imprimée sur sa rétine et l’a guidée tout au long de son projet.

Quand Elise évoque sa période de résidence, sa voix trahit son enthousiasme… et une forme d’incrédulité face à la générosité du dispositif :

La Villa Albertine m’a donné des moyens et une capacité de déploiement conséquents et inespérés. Si j’avais dû partir par mes propres moyens, je n’aurais fait que la moitié de ce que j’ai fait ! La possibilité de déléguer le long processus de prise de rendez-vous et la logistique a énormément allégé mon quotidien et m’a permis de me concentrer pleinement.

Elle tient à rendre hommage à l’équipe de la Villa : “dès que l’on formule une demande de rencontre avec quelqu’un, même très précise, une mise en relation est organisée. C’est un luxe incroyable, un cadeau. L’équipe était très compétente, réactive et extrêmement gentille.”

Les autres résidences dont elle a bénéficié se déroulaient toujours dans un “beau lieu, une sorte d’écrin de sérénité qui créait un espace-temps privilégié”. Mais ce qu’Elise a conçu en plein désert américain, elle n’aurait “jamais pu le trouver dans mes lectures ou en interagissant avec d’autres résidents” :

J’ai découvert la source de mon nouveau projet sur place, en étant dans la vie plutôt que dans le concept, et c’était beaucoup mieux que ce que je pensais y trouver. On m’a donné le temps, la liberté et les moyens de donner libre cours à mon intuition et à ma sensibilité.

A ses yeux, c’est ce qui fait la spécificité de la Villa Albertine :

Cette résidence est liée à l’action, à la rencontre, au vécu direct, loin d’une bulle d’introspection, d’un moment suspendu de réflexion pure et de lecture. Une fois sur le terrain, on teste des hypothèses et on initie des collaborations avec des experts.

Cette expérience a même redéfini son rapport à sa pratique :

Cela m’a donné envie, malgré la froideur du média digital que j’utilise, de réancrer mon corps dans la conception de mes projets.

Seule dans le désert, Elise n’a pas souffert d’être loin des autres résidents de la Villa. Au contraire. Alors que la plupart des résidences artistiques sont fondées sur la construction d’une communauté, lors d’une résidence Villa Albertine, “on est seul face à sa recherche et au territoire. Je me suis sentie très libre de vivre les choses à mon rythme.” 

L’artiste a particulièrement apprécié le fait de ne pas être soumise à une obligation de résultat. Elle distingue les “résidences de production”, qui débouchent sur la présentation du travail réalisé, et les “résidences de recherche”, qui servent à faire avancer un projet sans obligation de le terminer sur place. Les résidences de recherche, dont fait partie Albertine, laissent le temps à un projet ambitieux de mûrir :

Grâce à ma résidence Villa Albertine, j’ai réorienté mon projet. Certaines de mes hypothèses se sont vérifiées, mais d’autres non, et de nouvelles possibilités se sont ouvertes.

A son retour en France, la Villa l’a aidée à décrocher une autre bourse de mobilité, la bourse MIRA. Ce financement de l’Institut français lui a permis de retourner aux Etats-Unis et d’approfondir le projet initié lors de sa résidence Villa Albertine.

Deux ans et deux autres résidences plus tard, Elise Morin vient d’exposer le fruit de son travail à la Biennale de l’image tangible, à Paris. Sa série de photographies argentiques “Horizon des particules” se penche sur les interactions entre les pétroglyphes amérindiens de Trinity et le passé nucléaire de ce site.

Aujourd’hui, Elise est à l’écoute d’opportunités pour exposer son travail aux Etats-Unis, où son œuvre trouverait une résonance toute particulière en raison de ses liens avec la culture indigène, l’histoire nucléaire américaine et les paysages désertiques mythiques du Sud des Etats-Unis. La résidence d’Elise à la Villa Albertine n’était que le début de son aventure au pays de l’Oncle Sam…


Vous pouvez contacter Elise Morin à l’adresse mail suivante : elisemorin@mac.com


Dimanche, découvrez l’entretien de l’artisane d’art et plasticienne Manuela Paul-Cavallier, spécialisée dans le travail de l’or, résidente à la Villa Albertine en 2023.

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The Serial Overthinker

Par Madeleine de Chaisemartin

A l’heure où nos capacités à nous concentrer et à analyser sont chaque jour grignotées par les réseaux sociaux, je fais de la résistance.

A l’aide d’un bon vieux carnet et d’un stylo plume d’écolière, je pars à la rencontre d’acteurs du secteur culturel, j’analyse des tendances qui m’étonnent et je décortique les livres qui me plaisent.

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